Le hasard, comme ici le besoin de s’en remettre d’abord à la couleur, de lui céder la place. Car elle a son souffle, et sa propre mémoire : ondes, taches, coulures, bavures qui parfois s’empâtent, mais des surfaces plus calmes aussi, des marges plus nettes. C’est alors du fond de la toile que vient la lumière, un monde d’avant le monde, comme si vivre était possible.

Le hasard peut-être, quand sous les doigts, dans les doigts, la couleur se fait corps. Car elle a sa texture, et la simplicité des choses : du sable, ici du plâtre, le rêche du sable où le pigment s’encolle et cristallise, la trame grenue d’un chiffon, celle trop fine de la gaze, et une feuille d’or ! mais là pour son opacité. C’est maintenant un paysage qui capture la lumière, en tisse les fibres en massifs d’ombres, un monde comme le monde, si vivre vient avant tout d’une terre.

Alors, dans le plaisir simple de conter, de laisser venir en soi les miniatures d’un récit, des figures s’avancent, une nature, des animaux, des femmes et des hommes, des villages entiers comme autant de légendes. Tous viennent avec ce que savent leurs mains, ce que disent leurs jeux, les signes rêvés d’un ancien parler. Avec leurs questions ? Peut-être, à en croire les noix, les plumes, les perles posées là telles des reliques. Un monde, des mondes où vivent aussi des hommes – où l’on vivrait bien.

Sandro Marcacci